Transfert intergénérationnel de patrimoine—Parler d’argent

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Argent, religion et politique—trois sujets tabous qui peuvent gâcher la conversation autour d’un dîner. Et en famille ? Quand nous discutons avec nos familles clientes de ce qu’elles veulent faire de leur patrimoine, apparaît souvent un défi intéressant.

Lorsque les clients décrivent les objectifs de retraite, le tableau est relativement clair : voyager plus, passer plus de temps avec les petits-enfants, avoir la liberté de faire ce qu’ils veulent de leur temps. Mais une fois que ces objectifs sont quantifiés dans un plan financier, les familles qui ont connu un certain succès découvrent souvent qu’elles ont plus d’argent qu’il ne leur en faut pour la retraite. Et quand nous examinons ce qu’ils comptent faire de l’excédent, les objectifs sont souvent beaucoup plus flous.

Combien devriez-vous laisser à vos enfants, vos petits-enfants ou des œuvres de bienfaisance ?

L’argent peut être un sujet de discussion délicat dans beaucoup de familles. Si ces questions élémentaires concernant le patrimoine aident à amorcer la conversation, trop souvent nous constatons que la discussion débouche sur plus de questions que de réponses.

Les enfants comprendront-ils tout l’effort qu’il a fallu déployer pour accumuler ce patrimoine ? Comment s’assurer que les enfants sont motivés à faire leur propre bonheur ? La famille peut-elle œuvrer à l’unisson pour gérer le patrimoine ou cela créera-t-il de l’anxiété et des frictions ?

Impossibilité de communiquer : le principal motif d’un mauvais transfert du patrimoine

Le Groupe Williams—un organisme de recherche sur les transferts de patrimoine familial aux États-Unis—a consacré plus de 20 ans à interroger des familles une fois que le patrimoine avait été transféré à la génération suivante. Ses conclusions sont que 95 % des transmissions au sein de la famille échouent pour trois raisons :

  • 60 % des transferts manqués sont le résultat d’une « perte de confiance et rupture de la communication ». C’est une statistique troublante parce qu’elle implique que le simple fait de transférer la richesse peut causer des problèmes entre les membres de la famille.
  • 25 % des transitions échouent parce que les « héritiers n’ont pas été préparés ». Si plusieurs problèmes existent dans la préparation des enfants à reprendre le patrimoine familial, le principal est un problème de communication.
  • 10 % des transferts échouent en raison d’un « manque d’entente sur ce qu’on veut faire du patrimoine familial ». Or, au cœur de la création d’une mission commune figure aussi la communication.1

Le fait de ne pas parler du patrimoine—et particulièrement de ce qu’il convient d’en faire—contient en lui-même les germes de l’échec. Malheureusement, cela peut se solder non seulement par la destruction de la richesse, mais aussi par des déchirements au sein de la famille.

Quatre idées de rencontres familiales fondatrices

Si une excellente communication est le fondement même pour assurer la bonne santé du patrimoine et des relations au sein de la famille, que pouvons-nous faire pour semer les germes du succès ? Voici quatre idées que les familles peuvent mettre en œuvre pour amorcer une conversation afin de développer une connaissance de la gestion de l’argent pour une transmission efficace du patrimoine. Ces recommandations ne sont cependant que des points de départ et n’abordent pas tous les défis que peut rencontrer une famille. Nous espérons qu’en adaptant au moins quelques-unes de ces idées à votre famille, vous réussirez à établir une dynamique plus saine voire une transition du patrimoine plus réussie.

Idée 1 : Fixation d’objectifs avec des jeunes

Dans un livre fondamental, Family Wealth: Keeping it in the Family, James Hughes établit le cadre de référence pour une gouvernance familiale efficace et la préservation de la richesse. À travers une approche particulièrement novatrice, il recommande que les familles arrêtent de se focaliser sur leurs bilans comme moyen de suivre la santé des finances familiales. Au lieu de cela, il suggère de se focaliser sur la santé à long terme des familles en suivant la croissance du capital financier, intellectuel et social de chaque membre de la famille.2

Family Wealth est un livre exceptionnel et nous le recommandons à beaucoup de clients. Mais par expérience, nous avons apporté deux raffinements au plan familial de Hughes. Premièrement, nous avons ajouté deux catégories de plus qui complètent selon nous une vie épanouie et riche : le capital spirituel et le capital santé. De plus, nous avons scindé la catégorie capital social d’origine de Hughes en deux sous-catégories : interne, qui reflète le besoin de bâtir une relation sociale saine au sein de la famille, et externe, qui souligne l’importance de l’établissement de liens avec la collectivité.

Si tous les membres de la famille réussissent à se développer dans ces six secteurs, tous devraient avoir des vies épanouies et couronnées de succès.

Le fait de ne pas parler du patrimoine—et particulièrement de ce qu’il convient d’en faire—contient en lui-même les germes de l’échec.

Comme pour la plupart des choses, il est plus facile d’acquérir de bonnes habitudes financières quand on commence jeune. Cependant, beaucoup de parents n’accordent pas assez de crédit à leurs enfants en ce qui concerne la fixation d’objectifs et leur réalisation. Dès l’âge de quatre ans, les enfants peuvent se donner des objectifs. Si vous avez des enfants en bas âge, posez-leur la question suivante : « Si tu pouvais faire n’importe quoi cette année, que ferais-tu ? ».

Il est étonnant de voir ce que peuvent faire les enfants quand on leur donne les outils. Vous réussirez presque assurément à fixer un objectif intéressant auquel toute la famille peut s’atteler, ce qui prouve le pouvoir de la fixation d’objectifs. À mesure que les enfants grandissent, cette approche élémentaire peut être transférée dans les six secteurs du succès financier.

Pour une famille ayant des enfants en bas âge, appliquer ces objectifs aux catégories du bilan peut se présenter comme l’illustre le tableau ci-dessous (voir Tableau A).

Les divers objectifs pour les enfants peuvent être affinés par les parents, mais il est important que la plupart soient élaborés par les enfants eux-mêmes. Amener les enfants à définir eux-mêmes des objectifs est la seule manière d’obtenir leur adhésion et de leur faire acquérir de bonnes habitudes. Consigner les objectifs dans un plan familial comme celui ci-dessous permet à la famille de le revoir et de célébrer les réalisations au fil du temps.

Tableau A: Échantillon d’un bilan familial

Maman  Papa Fils (4 ans) Fille (8 ans)
Capital financier Rembourser 20 % de plus de l’hypothèque Déposer 100 % de la prime dans un REER Commencer à assumer des tâches et à épargner pour des jouets Tirelire pour épargner pour les études
Capital intellectuel Lire A Random Walk Down Wall Street de Malkiel Terminer la thèse de maîtrise Jouer de la musique ensemble Camp d’été scientifique
Capital social – externe Organiser un tournoi de golf de bienfaisance Mobilier 80 000 $ pour une ligue communautaire Verser 50 % d’un stand de vente de limonade à une œuvre de bienfaisance Vendre des biscuits pour les Guides
Capital social – interne Un voyage en bateau en Turquie Un voyage en bateau en Turquie Un voyage à Disneyland avec les cousins Un voyage à Disneyland avec les cousins
Capital spirituel Atelier de gestion du stress Méditation 3 fois par semaine École du dimanche École du dimanche
Capital santé Pilates 3 fois par semaine Rencontres trimestrielles avec un nutritionniste Karaté Gymnastique

Idée 2 : Instiller des valeurs aux petits-enfants

Une des meilleures suggestions dans le livre de James Hughes concerne le rôle des grands-parents. N’ayant pas de relation parentale avec les petits-enfants, les grands-parents ont la capacité exclusive d’enseigner et d’instiller des valeurs.3

Cela peut notamment se faire par un fonds de bienfaisance des grands-parents ou ce que Hughes appelle « la philanthropie grands-parents/petits-enfants ». En l’occurrence, les grands-parents (qui sont généralement à l’origine de la richesse) mettent de côté des fonds pour financer leurs objectifs de bienfaisance. Cependant, au lieu de décider seuls quelles œuvres ils vont soutenir, ils invitent leurs petits-enfants à les aider dans le processus de décision. Si, au départ, les grands-parents doivent participer davantage au processus, à mesure que les petits-enfants grandissent, les grands-parents peuvent simplement fournir les sommes d’argent nécessaires pour le don chaque année. Ils peuvent laisser aux petits-enfants le soin de développer un argumentaire sur l’œuvre de bienfaisance dont ils pensent qu’elle mérite leur don annuel et comment ils feront pour que l’argent soit utilisé à bon escient.

Pour les aider dans la gestion et l’administration des fonds de bienfaisance, les clients trouvent des avantages importants dans la relation que Pavilion a établie avec le Edmonton Community Foundation (ECF). ECF dispose d’un nombre formidable de ressources pour aider les familles à atteindre les objectifs de bienfaisance. Une fondation exceptionnelle comme ECF permet à ces familles de se concentrer sur ce qui est important, à savoir les conversations sur les valeurs familiales, comme la participation à la vie communautaire et les dons de bienfaisance.

Idée 3 : Principes d’investissement pour des enfants adultes

Les discussions avec nos clients nous ont appris qu’il est plus difficile d’instaurer des habitudes de communication claire au sujet de l’argent et de l’accumulation de patrimoine avec les enfants adultes. Les parents craignent que leurs héritiers ne soient pas préparés à assumer un patrimoine familial important et ne veulent pas non plus que leurs enfants adultes aient l’impression qu’ils interviennent dans leurs affaires. Si les enfants ont une vie, une carrière et des finances autonomes, comment faire pour qu’ils soient bien préparés pour les complexités d’un héritage ?

Comme pour la plupart des choses, il est plus facile d’acquérir de bonnes habitudes financières quand on commence jeune. Cependant, beaucoup de parents n’accordent pas assez de crédit à leurs enfants en ce qui concerne la fixation d’objectifs et leur réalisation.

Une des options consiste à faire participer un tiers pour faciliter le processus d’éducation et de succession. Dans les entreprises familiales, cette tâche revient souvent à un coach ou au conseil d’administration. Dans la planification du patrimoine familial, ce rôle est souvent dévolu à un conseiller en patrimoine.

Nous avons plusieurs clients qui ont fait don de leur excédent de capital à leurs enfants en précisant que les enfants doivent rencontrer régulièrement un conseiller en gestion de patrimoine pour examiner les investissements et obtenir des informations sur les techniques efficaces de gestion de leur richesse. En particulier, un certain nombre de clients font l’appoint des comptes CELI ou REER de leurs enfants et financent parfois un compte non enregistré plus important. Les deux options ont des avantages et des inconvénients, mais le plus important est que la conversation et le processus d’éducation commencent.

Idée 4 : Un objectif plus grand—Énoncé de mission de famille

Dans Family Wealth, Hughes cite l’énoncé de mission de famille comme tout premier sujet de son chapitre sur les « pratiques familiales »4. S’il faut beaucoup plus de temps pour établir un énoncé de mission familial et plus de travail que les trois idées précédentes, il n’y a potentiellement pas de meilleur outil pour les familles qui se préparent à employer sérieusement leur richesse pour assurer le bonheur de plusieurs générations.

L’énoncé de mission de famille doit refléter « l’objectif, la vision, les valeurs et les buts particuliers de la famille… »5. Comme pour l’énoncé de mission d’une entreprise, l’énoncé de mission de la famille peut être un moteur puissant qui unit les membres de la famille autour d’objectifs de croissance et de bonheur communs. Mais attention : comme dans une dictature, une mission imposée par un patriarche ou une matriarche peut entraîner de fausses allégeances et un plus grand désintérêt.

C’est le fait de collaborer entre générations pour mettre sur papier les valeurs communes de la famille qui donne toute sa force à un énoncé de mission. Ce processus de collaboration est long et peut exiger le concours d’un guide extérieur, mais peut souder la famille comme rien d’autre ne saurait le faire.

Conclusion

Il devrait maintenant être clair que la communication est le fondement de relations familiales efficaces. Des enjeux familiaux complexes peuvent apparaître quand on ajoute le patrimoine familial à ce mélange. Cependant, pour les familles préparées à pratiquer une communication ouverte et à mettre en œuvre une gouvernance familiale efficace, le travail des créateurs de richesse familiale est non seulement préservé mais peut aussi permettre de poursuivre une quête de bonheur et de succès pour les générations futures.

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Cary T. Williams
Conseiller, Gestion de patrimoine
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Notes

1 “Retaining the Family Assets after Wealth Transfer” article. Investment Management Consultants Association 2013. Carol A. Sherman. References: The Williams Group interviews and field work 1975-2001 referenced and cited in Williams and Preisser (2003, 167-174, Appendix 1).

2 Family Wealth: Keeping It in the Family. James E. Hughes Jr. Expanded edition 2004. Pages 57 – 60.

3 Family Wealth: Keeping It in the Family. James E. Hughes Jr. Expanded edition 2004. Pages 74 – 78.

4 Family Wealth: Keeping It in the Family. James E. Hughes Jr. Expanded edition 2004. Pages 43 – 50.

5 Family Wealth: Keeping It in the Family. James E. Hughes Jr. Expanded edition 2004. Page 43.